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# Citation Origine
1081.

véranda, n.

La marée haute est venue faire rouler sur la plage des galets, du sable, des joncs et toutes les petites curiosités charriées par le courant de la vie, mais le lieu est surtout constitué de crans rocheux recouverts de mousses et d'un foin de mer pâle et ras, posé en touffes comme des hures. Tout au fond de la crique, la falaise s'incurve en un parfait demi-cercle, assez pareil au choeur d'une église. Se trouve là un chalet de modestes dimensions, en bardeaux blancs, aux volets vert forêt. Toute la façade est occupée par une véranda un peu bancale, masquée sur toute sa longueur par des moustiquaires.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Vie, p. 107
1996
1082.

véranda, n.

À l'aube du 10 juin 1983, j'étais dans le chalet de Pierrault et je me réveillais. Le maître préparait déjà le café. Deux autres compagnons achevaient de ronfler derrière les minces murs. Quelques minutes plus tard, nous étions les quatre sous la véranda en train d'admirer le point du jour qui étirait des nappes orange et roses sur l'eau calme. Notre présence avait mis en voix les Hirondelles des granges qui surgissaient de leurs nids, coupes de boue séchée qu'elles avaient fixées sur les soliveaux de la galerie. Peut-on concevoir de meilleures augures que ces ardents gazouillis ponctués de stridences?
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Vie, p. 206
1996
1083.

véranda, n.

Un léger coup de coude me tira de mes pensées. À quelques mètres devant nous un castor passait, le bout du nez hors de l'eau; sans nous prêter la moindre attention, il nageait vers le soleil levant. Et subitement, comme pour entourer d'un peu de mélodie cette scène matinale, un petit oiseau à tête rouge apparut dans le tremble qui frôlait la véranda et se mit à raconter, en termes sifflés, une assez jolie histoire d'exultation gratuite. L'oiseau rouge des oiseleurs de jadis, le Roselin pourpré, venait saluer avec nous la naissance du jour. Le roselin n'est pas à proprement parler un oiseau de lac, mais, dans ces habitats sauvages, tout peut arriver.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Vie, p. 207
1996
1084.

verchère1, n.

Quelques éternités plus tard, je vis une chaloupe à rames se détacher de la grève et venir à ma rencontre. Je ne me rappelle plus le nom ni le visage de la personne qui m'a sauvé. Je me souviens seulement d'une verchère qui aborde l'ilot-piège et d'une voix rude qui me dit: «Embarque!»
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Vie, p. 69
1996
1085.

verchère1, n.

J'étais à l'aube de l'adolescence, l'âge des apprentissages durables. Une de mes tantes, soeur de ma mère, personne riche d'une vitalité amusante, m'avait invité à une excursion de pêche dans le parc des Laurentides, au nord de Québec. Nous avons loué, aux Mares du Sault, une verchère et, avec nos rames, avons entrepris de remonter une noire rivière au cours lent et sinueux, rivière qui menait à un lac perdu au coeur des bois. Après la première boucle du cours d'eau, un cri de ma tante me fit me retourner: un formidable orignal était occupé à brouter des nénuphars au milieu de notre passage. On ne brusque pas un orignal à son repas. On a intérêt à fondre ses gestes avec les mouvements du paysage. Il fallut donc attendre que l'élan eût terminé ses agapes pour aller plus avant.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Vie, p. 211
1996
1086.

vingt-cinq sous, n.

Vais-je enfin avoir le plaisir de découvrir leur nid [des colibris]? En venant, il y a deux jours, répandre les cendres du poêle sous les saules, près de la batture, j'ai aperçu un couple de Petits Rubis posés dans un arbre sec, chacun sur un rameau différent. J'ai tout de suite pensé qu'ils pourraient nicher dans les parages. Mais comment trouver cette infime architecture assemblée avec des laines de fougères, des minous de pissenlit, des duvets de plantes, tapissée de lichens, le tout fort adroitement arrimé, à l'aide de fils d'araignée, à la branche secrète d'un grand feuillu? Seule une grande chance pourrait me mettre en présence de cette coupe parfaite, de ce noeud végétal imitant avec bonheur une excroissance naturelle de l'écorce, tout juste assez grande pour contenir une pièce de vingt-cinq sous et dans laquelle la femelle pond ses deux oeufs blancs (toujours deux, toujours blancs) gros comme des haricots.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oiseaux, p. 147-149
1992
1087.

violon, n.

Les conifères les plus nombreux sont les épinettes, groupées en cinq espèces différents, les plus communes étant l'Épinette noire et l'Épinette blanche. (L'Épinette rouge, le «violon» des Gaspésiens, est en réalité le Mélèze laricin, le seul de nos conifères à perdre ses aiguilles en hiver.)
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oeil, p. 222
1989
1088.

violoneux, n.

Le grillon est un violonneux.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oeil, p. 309
1989
1089.

viréo, n.

Cette fois c'est le chant de la Paruline obscure, un gracile oiseau verdâtre, au ventre blanc, qui fait penser à un viréo, mais qui possède un bec plus aigu et des allures plus vives. Son chant a des accents plus vigoureux que celui de sa cousine, avec plus de fermeté dans la finale.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Chez les oiseaux, p. 73
2004
1090.

viréo aux yeux rouges1, n.

Le 8 juin 1980, j'étais, en pleine ville, en train d'écrire sur le Viréo aux yeux rouges. À 16h10 exactement, j'allais quitter ma table, le temps d'écouter un disque contenant le chant de cet oiseau, quand la fenêtre ouverte laissa soudainement entrer un ramage qui faillit me déloger le coeur. Croyez-le ou non, le Viréo était là [...].
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oeil, p. 230
1989
1091.

viréo aux yeux rouges1, n.

Quand on pénètre dans un bois mixte au Québec, il n'est pas rare qu'on entende l'inlassable ritournelle du petit sermonneur des feuillages, le Viréo aux yeux rouges, une espèce abondante et omniprésente. L'oiseau verdâtre, chasseur d'insectes dans le haut des arbres, artisan d'un agréable nid en forme de coupe suspendue, est un amoureux qui sait compter.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Chez les oiseaux, p. 71
2004
1092.

voiture du Canada, n.

Quand les premiers Français découvrirent cette «voiture du Canada», le canot d'écorce, le seul moyen de transport de l'époque, ce sera un véritable éblouissement.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oeil, p. 169
1989
1093.

vol en Saint-Esprit, n.

Il n'empêche que j'aurais aimé faire entrer dans mon oeil l'agrément de leur rituel amoureux dont un ami m'a déjà fait la relation: ce chant de pariade pareil au miaulement de deux arbres que le vent frotte l'un contre l'autre, et surtout ce nourrissage symbolique où le mâle, après des plongeons spectaculaires précédés de longs vols en Saint-Esprit, rejoint la femelle sur le même perchoir. Les deux oiseaux alors s'approchent l'un de l'autre en se dandinant, s'éloignent, pivotent, se réunissent de nouveau, jusqu'à ce que la femelle ouvre le bec pour recevoir le présent cérémoniel.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Vie, p. 54
1996
1094.

vol en Saint-Esprit, n.

C'est un clair après-midi du début de l'été et je me vois sur la galerie de mon petit chalet. Entre deux érables - le plus jeune traverse la plate-forme de bois en son centre - j'ai tendu un hamac où en ce moment je me laisse bercer par le faible vent d'ouest. Je pense. Je pense comme peut penser un promeneur des rives, je pense à quelles aventures intérieures peut mener la fréquentation du fleuve. Et j'en viens à réfléchir à la conscience que nous avons du passage de notre vie. Ce passage, est-il simple écoulement d'une durée qui viendrait d'une source pour aller s'évanouir dans la mer? N'est-il pas plutôt une érosion? Est-ce que le temps ne nous émiette pas morceau par morceau, ne nous érode pas grain par grain? Où trouver alors quelque répit, l'illusion même d'un moment de grâce? Toujours plongé dans ces réflexions, je tourne légèrement la tête à gauche, vers la grande batture. Me vient alors cette aventure: le temps soudain irradie, se contracte et m'infuse ce saisissement qui emplit à la fois le corps et l'esprit. Que se passe-t-il? C'est une présence. À une vingtaine de mètres, un oiseau est là. Il n'est pas perché. Il ne se déplace pas. Il ne chante pas. Il est là tout simplement, en suspens au milieu de l'air. En bougeant les ailes avec cette lenteur que l'on voit dans les ralentis au cinéma, il fait du surplace, il effectue ce que les connaisseurs appellent le «vol en Saint-Esprit».
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Vie, p. 51-52
1996
1095 à 1097.

vol-au-vent, n. , voleur1, n. , voyageur, n.

«Chandelle de curé», «soleil», «fleur du tonnerre», «minou», «mimi voyageur», «doudou», «soufflet», «souffle de la vierge», «ventoux», «vol-au-vent», «voleur», «voyageur» et «voyageuse», «bonne nouvelle», «fleur horloge»: voilà autant de noms colorés que le peuple s'est donné, dans les pays de langue française, pour nommer la fleur du pissenlit quand les fruits mûrs forment la célèbre boule d'aigrette soyeuse.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oeil, p. 70
1989
1098.

watap, n.

On a du mal aujourd'hui à imaginer l'importance de l'épinette dans l'histoire de ce pays [le Canada]. Pas une partie de l'arbre qui n'ait eu son utilité. Les racines tout d'abord. Bouillies et macérées avant d'être séparées en deux avec les dents, elle [sic] servaient aux Amérindiens à fabriquer le watap, cette souple lanière retenant ensemble les feuilles d'écorce de bouleau. Et comment étanchait-on le canot d'écorce? Avec la gomme d'épinette, une résine que l'on faisait chauffer et qu'on mélangeait à la graisse animale.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oeil, p. 224
1989
1099.

wazo, n.

Mais tout à coup, un jour, dans le bois là-devant, de l'autre côté du ruisseau, un jour donc j'entends quelqu'un, j'entends quelque chose bouger, quelque chose froufrouter parmi les branches, un lutin peut-être? Un animal? Ça se déplace, ça volette, ça remue, ça passe de branche en branche, et puis ça crie, ça siffle, ça fait une musique mince comme un[e] vitre qu'on essuie. Qu'est-ce que c'est? Je cours à la maison. Je demande. On me répond: c'est sûrement un oiseau. Je comprends: un noizo. Plus tard il y aura les wazos, mais pour le moment c'est un noizo. Voilà. Je viens de faire connaissance avec les oiseaux, ceux qui se cachent, se camouflent, ceux qui se moquent, ceux qui ont des cris étranges, curieux, mystérieux, des oiseaux différents sans doute des petits moineaux qui viennent manger, l'hiver, les «pommes de route» laissées par les chevaux sur chaussée enneigée.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Chez les oiseaux, p. 22-23
2004
1100.

wazo, n.

Et puis un jour, peu de temps après, au cours de l'été suivant, ou deux ans plus tard peut-être, je découvrais le chant des wazos. Comment? J'ai raconté cette histoire dans un autre livre, je ne vous ferai pas l'affront de me répéter.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Chez les oiseaux, p. 24
2004
1101.

wazo, n.

Aux premiers jours des vacances, j'explore par là avec mes compagnons et mes compagnes de jeux, quand j'entends, du fond d'un senellier un lutin qui siffle: «Cache ton nez, Frédéric, Frédéric, Frédéric!» Je ne sais pas encore que le siffleur appartient au monde des wazos, j'entends pour le nommer prononcer le mot «siffleux», je pense à un animal. Mais il n'en reste pas moins que je viens d'entrer dans l'univers musical d'une espèce particulière dont je saurai plus tard, bien plus tard, qu'elle se nomme Bruant à gorge blanche.
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Chez les oiseaux, p. 24
2004
1102.

wigwam, n.

Nécessité est mère de l'invention. Nécécissité de l'alimentation, mais aussi exigence du logement. De quoi sera faite la maison éphémère de l'Indien qui doit décabaner et cabaner selon les errances des troupeaux de caribou? La réponse est dans le mot wigwam même, qui signifie: «bouleau».
MORENCY, Pierre (1942-) Littérature personnelle, correspondance privée Morency / Oeil, p. 168
1989